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             "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

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Bush: la leçon d'impérialisme

 

par Raphaël Dargent

 

Strasbourg, 13 septembre 2002

Kofi Annan eut beau rappeler fort courageusement devant l'Assemblée Générale des Nations Unies - Assemblée Générale avancée d'une quinzaine de jours afin de s'accorder avec le calendrier du président américain ! - qu'une guerre préventive contre l'Irak décidée unilatéralement par les Etats-Unis ne serait pas légitime, et affirmer que " chaque gouvernement soucieux de respecter la légalité chez lui doit aussi la respecter à l'extérieur", son intervention ne pesa pas bien lourd face au discours martial d'un Georges Bush assuré de son droit, expliquant en substance aux 189 nations représentées que son pays - redresseur de torts et shérif de la planète - interviendrait contre l'Irak quoi que puisse en dire une communauté internationale jusqu'alors bien docile. Ne nous y trompons pas : une telle affirmation de la part du président américain constitue un tournant géopolitique majeur. Car ce n'est pas un ultimatum à l'Irak que Georges Bush a lancé ce 12 septembre, mais bien un ultimatum à l'ONU, défiant l'ensemble de la communauté internationale. La preuve est faite, s'il en fallait une, que l'ONU - ce " Machin " dont parlait De Gaulle - n'a jamais été rien d'autre qu'un instrument aux mains des Etats-Unis pour mettre en œuvre et justifier leur politique hégémonique, et que, s'il le fallait, sûrs désormais de leur absolu magistère militaire et moral sur le globe, ils se passeraient de cette caution devenue inutile.

Les stratèges étasuniens peuvent bien avancer, pour justifier leur attitude belliqueuse, de fumeux concepts qui n'ont de vertueux que l'apparence, tels ceux d'actions " préemptives ", fondées sur l'anticipation d'une menace, ou de " légitime défense préventive ", ils ne trompent que ceux qui veulent bien être trompés. Après les concepts de droit puis de devoir d'ingérence, qui permettent aux puissants d'intervenir dans les affaires intérieures d'un Etat qu'on a pris soin de qualifier au préalable de " voyou ", la notion d'offensive défensive, oxymoron aussi peu convaincant que celui de " fédération d'Etats-nations " lorsqu'on parle d'avenir de l'Europe, est un pas de plus vers le règne américain sur le monde.

C'est une fois de plus au nom des grands mots de " liberté " ou de " démocratie " et des valeurs humanistes qu'on fera la guerre. Pourtant, qu'il soit dit ici qu'il n'y a pas, qu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais de politique des bons sentiments ; il n'y a que des politiques d'intérêts, les intérêts s'avérant d'ailleurs d'autant plus importants qu'on les aura masqués sous des tombereaux de principes vertueux. En l'espèce, nul n'ignore qu'il s'agit d'intérêts pétroliers, les Etats-Unis souhaitant réduire le poids de l'Arabie saoudite dans leur approvisionnement. Pour ce faire, il leur est nécessaire d'installer un régime fantoche en Irak, comme ils viennent de le faire en Afghanistan, ces deux protectorats US neutralisant en outre l'Iran, pris en tenaille.

Quel est l'intérêt de la France dans cette aventure et où est sa politique traditionnelle fondée sur l'équilibre des puissances ?
Gageons qu'une fois encore, une fois de trop, la France de Jacques Chirac, reniant son message, soutiendra cette guerre - et peut-être même y participera - puisque l'ONU aura alors donné sa caution à son maître. Et la France n'y gagnera rien d'autre que le mépris des populations arabes qui n'attendaient déjà plus rien d'elle.
Las, le 11 septembre 2001 n'en finit pas de produire sur nous ses effets invalidants ; solidaires face au drame, nous voilà serviles dans notre politique extérieure. La compassion n'a toujours pas laissé place chez nous à la réflexion critique. On est frappé, notamment, de la débauche d'émissions consacrées au 11 septembre, quand aucune ne pose les vraies questions, qui sont d'ordre politique ou géopolitique et non pas émotionnel, et ne met en perspective ce drame - dans de justes proportions - avec d'autres drames beaucoup plus meurtriers.
Face aux 3053 victimes de New York et Washington, que sont donc les morts rwandais de 1994, près de 10 000 par jour et pendant trois mois, ou les milliers d'enfants irakiens morts des suites du scandaleux embargo imposé par les Etats-Unis depuis 1992 ?

Les Américains eux-mêmes, ont-ils tiré les enseignements de ces attentats, l'émotion a-t-elle laissé place chez eux à l'introspection, leur politique s'est-elle quelque peu amendée ? Non, non, trois fois non.
Au contraire, l'évocation de ce drame leur permet non seulement de continuer leur politique de domination, mais encore de l'amplifier.
Qu'ils prennent garde, cependant : les lois de l'Histoire son immuables. La logique de l'impérialisme est une logique folle : celui qui s'y adonne finit toujours par se perdre. A force de s'étendre encore et toujours, on finit par se diluer et par prêter le flanc justement là où la cuirasse est la plus faible. Nos amis américains feraient bien de méditer sur l'exemple de Charles Quint qui n'eût de cesse que de " passer plus oultre ", d'aller toujours au-delà, c'est-à-dire en définitive, trop loin. Tout empire a péri, et tout empire périra.

"Sic transit gloria mundi", ainsi passe la gloire du monde.
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