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            " L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

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Réponse à un prétendu gaulliste

Lettre à Serge Lepeltier,

président délégué du défunt RPR

 

par Raphaël Dargent

 

Strasbourg, 02 septembre 2002

Dans le Figaro du 27 août dernier, conscient des lourdes inquiétudes qui agitent un certain nombre de membres de votre mouvement - mouvement qui, quoi que vous vous en défendiez, ressemble tout de même beaucoup à un parti on ne peut plus classique avec sa logique, ses coteries et ses querelles internes, vous avez écrit une " Lettre à un ami gaulliste " afin de rassurer tout votre monde.
N'osant plus moi-même me revendiquer " gaulliste ", le qualificatif ayant perdu à mes yeux, du fait de gens comme vous, toute crédibilité, votre lettre ne suscita chez moi strictement aucune réaction. Pourtant, j'ai encore parmi mes amis d'authentiques gaullistes - et qui se réclament comme tel - ; c'est en vertu de l'amitié qui me lie à eux que, par conséquent, je me dois de vous répondre.

Nul, c'est vrai, n'est en droit aujourd'hui de revendiquer la propriété intellectuelle du message " gaulliste ". Je n'ai pas pour ma part cette prétention. Nombreux d'ailleurs sont ceux qui ne se gênent pas pour se réclamer du gaullisme sans avoir lu jamais le Général de Gaulle. Mais enfin, qu'il me soit permis de rendre leurs sens aux mots et aux convictions affichées leurs portées réelles. " Notre défi, écrivez-vous, c'est dans la sensibilité gaulliste qui est la nôtre, de combattre pour des idées en les confrontant au monde qui est le nôtre, en les actualisant, en les modernisant" mais lorsqu'il s'agit de définir qu'elles sont ces idées pour lesquelles vous prétendez vous battre, vous voilà aux abonnés absents. Nulle trace dans votre lettre du début du commencement d'une idée. De programme point. De références fortes, nenni. Juste un florilège de beaux mots, de phrases creuses, une pensée lissée, consensuelle, pour tout dire centriste. " Sensibilité " gaulliste, dites-vous ? " Sensibilité " et non pas conviction ? Voyez-vous, les mots ont encore un sens. Ce terme de " sensibilité " vous a sans doute échappé. Il vous démasque. Vous semblez définir le gaullisme comme un pragmatisme et ne lui accorder que peu de fond. Actualisez, actualisez, modernisez, modernisez, autant qu'il vous plaira. A force de diluer le meilleur des vins, on finit par boire de l'eau. L'eau enivre bien peu de monde, croyez-moi. Le gaullisme est d'abord une pensée, presque une théorie. " Le gaullisme, pour moi, ajoutez-vous, c'est la somme d'une idée, d'une espérance et d'un combat ", phrase qui fait toujours son effet, bien que rabâchée sans plus de réflexion, mais là-encore lorsqu'il s'agit de définir cette idée, cette espérance, ce combat, vous vous contentez de lieux communs et de formules bien-pensantes. " L'humanisme est notre lien ", dites-vous. L'humanisme est-il un programme politique ? Qui n'est pas humaniste ? L'humanisme, telle est bien la dernière marotte de vos amis, comme le figure le sous-titre du dernier ouvrage du nouveau premier Ministre : " l'humanisme en action ". Ne prenez pas vos désirs pour des réalités, ne renversez pas l'ordre des concepts : le gaullisme est d'abord une certaine idée de la France avant que d'être une certaine idée de l'homme. La France libre, dois-je vous le rappeler, ne se battait pas seulement contre l'idéologie nazie, elle se battait aussi - et d'abord - contre l'occupation allemande ; je ne sais pas si tous les résistants étaient des humanistes, mais je sais qu'ils étaient tous des patriotes. Le gaullisme est d'abord un patriotisme. Evidemment, dans votre lettre, pas une fois le mot de patrie, pas une fois le mot de nation.
Vous aimez décidément jouer sur les apparences, monsieur. Non content d'être le président délégué d'un parti qui n'existe déjà plus, vous continuez à faire croire que vous vous battez pour la grandeur de la France quand vous n'avez de cesse que de contribuer à son effacement.

Si le RPR, créé par et pour Jacques Chirac, se détourna peu à peu de son corpus idéologique au gré des " adaptations " de son fondateur, il restait encore, pour tenir les troupes, cette étonnante fidélité à sa personne; c'était peu mais ce fut suffisant pour une victoire à la Pyrrhus. L'UMP, formation centriste, créé peut-être pour Juppé, technocrate froid, n'aura pas cette chance, et vous le savez fort bien. Je vous soupçonne fort de ne pas croire vous-même à vos sornettes. Vous pouvez bien ripoliner la coque, le navire part tranquillement par le fond. Vous coulerez avec. Que beaucoup de libéraux et de démocrates-chrétiens, partisans de l'Europe unie, se qualifiant volontiers d' " humanistes " pour faire bonne figure, garnissent vos rangs, cela ne fait pas l'ombre d'un doute, mais je doute fort qu'il y ait encore demain beaucoup d'admirateurs du Général, autrement dit de patriotes, pour se compter parmi vous. Bien sûr, vous continuerez à vous revendiquer sans scrupules du gaullisme, et les médias vous qualifieront comme tel. Le détournement des mots ne suffira pas toujours à masquer la triste réalité. L'UMP sera donc ce que vous affirmez qu'elle ne sera pas : " un ventre mou ". On ne se renie pas impunément.n