Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

              "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

Politique française

 

Éditorial

Chronique nationale

Tribune européenne

Regard international

Libre opinion

Informations militantes

 

Lettres  françaises

 

Nos immortels

Langue française

Idées et réflexions

Critique littéraire

 

Histoire de France

 

Rois et serviteurs

Les Napoléon

Panthéon républicain

De Gaulle et le gaullisme

Patrimoine

Traditions et terroirs

 

Notre bibliothèque

 

Sélection du mois

Citation

Grands entretiens

 

 

 

ARCHIVES ÉDITO

 

Si vous souhaitez vous inscrire à notre liste de diffusion, merci de nous le signaler par courriel.

 Accueil / Présentation / Notre équipe / Archives édito / Nous écrire / Liens

L'école de la défiance

 

par Raphaël Dargent

 

Strasbourg,  08 décembre 2004


Il paraît que François Fillon est un républicain. C'est ce que les médias disent de lui, arguant du fait qu'il fut longtemps un proche de Philippe Séguin. L'autre soir, à la télévision, je l'ai trouvé très peu " républicain ".

Certes, sa " réforme " n'a pas que des mauvais côtés ; elle présente même de justes évolutions. Que le ministre veuille réformer les IUFM afin de rendre la formation des futurs enseignants moins théorique et plus ancrée dans le terrain, on n' y trouvera rien à redire. La psycho-pédagogie développée à longueur de temps dans les Instituts de Formation Des Maîtres n'a que trop duré, faisant perdre de vue à nombre d'apprentis-enseignants les règles élémentaires de toute éducation véritable : la transmission d'un savoir et le respect dû à l'autorité. En réalité, si les IUFM formaient de bons éducateurs sociaux, ils ne formaient certes pas des… " maîtres ". Que le ministre, autre point positif, décide de réhabiliter le redoublement trop longtemps banni pour de basses raisons idéologiques n'est pas non plus pour nous déplaire. Qu'il préconise enfin une plus grande liberté pédagogique pour les enseignants est judicieux si cela permet en effet aux dits enseignants de s'éloigner quelque peu de l'incurie des méthodes actuelles d'enseignement, dont le jargon abscons et prétentieux ne sert qu'à masquer la formidable régression intellectuelle de tous, aussi bien " maîtres " qu'élèves.
Mais, mis à part ces petites avancées, que les syndicats, fidèles à leurs discours idéologiques, s'empressent de qualifier de " réactionnaires ", le projet Fillon comporte de graves reculs, lourds de sens et qui seront aussi lourds de conséquences.
Ce projet prévoit notamment la définition d'un " socle commun de connaissances " que tous les élèves devront maîtriser à la fin de leur scolarité. Si l'intention peut sembler louable, il est fort à craindre que ce socle se révèle être une sorte de minimum éducatif, non seulement défini de telle façon que le plus grand nombre d'élèves répondront à ses modestes exigences, mais encore très vite considéré par tous les acteurs du système scolaire comme un indice de satisfaction plutôt que comme un indice d'inquiétude. " Puisqu'on vous dit que le niveau ne baisse pas ! " En effet, c'est juste une question d'échelle de valeurs. Il suffit simplement de descendre d'un cran le degré d'exigence. Un " socle " : c'est bien cela, le ministre regarde vers le bas et non vers le haut. Un " socle ", pour un sous-couche. Un " socle ", c'est bien ce qui convient à la France d'en bas, afin qu'elle ne monte pas trop. Un " socle " comme un plancher qui ressemblera bien vite à un plafond. Un " socle " c'est bien suffisant pour une force de travail ; non seulement les libéraux au pouvoir s'en contenteront mais ils le réclament. Le juste nécessaire pour que le tâcheron comprenne quelle est sa tâche. Une petite tête pour un brasier. C'est bien là la plus grande erreur de la gauche radicale : son égalitarisme forcené a sacrifié et continue à sacrifier des générations entières de jeunes Français, qui n'auront comme seul avenir que le chômage ou le travail précaire, l'assistanat ou l'exploitation. Pendant ce temps, les libéraux se régalent. Ils ramasseront la mise, récolteront les fruits. La grande niveleuse n'a pas fini de raboter les têtes qui dépassent un tant soit peu et d'aligner toute notre jeunesse sur le plus petit dénominateur culturel. C'est là le contraire, rigoureusement le contraire, de ce qu'on appelait autrefois l'Education. L'Education passe inévitablement par une exigence forte, elle n'est pas synonyme de facilité ou de jeu, on éduque bien que par une forme de contrainte. A quoi sert-il de parler d' " élèves " puisque dans un tel système on " élève " justement personne, on ne fait qu'abaisser. Les médias qui glosaient ces derniers temps, avec les succès de l'émission " Le pensionnat de Chavagnes " ou du film " Les Choristes ", sur le retour d'une certaine nostalgie pour l'école de Papa, en blouse grise et au tableau noir, mystifient l'opinion. A les entendre, François Fillon s'inscrit dans ce retour aux vieilles méthodes. Quelle caricature ! Avec M. Fillon, on est bien loin des hussards noirs chers à Péguy.

Pour preuve, le ministre annonce qu'il veut réformer le Baccalauréat afin d'en finir avec l'examen final et ponctuel. Il propose que la moitié des épreuves du Bac aient lieu en cours d'année, soit sous forme de contrôle continu soit sous forme d'épreuves en cours de formation. Parmi ces matières, certaines seront choisies en options par les candidats. Non seulement, le caractère national du bac a vécu, mais dans de telles conditions, il serait bien étonnant que l'on trouve encore quelques lycéens pour échouer au bacho.

Enfin, pour rehausser le tout et bien montrer l'ambition de son projet, François Fillon souhaite que chaque jeune Français apprenne une première langue étrangère dès le CE1 et une deuxième langue à partir de la classe de 5ème. Nul ne niera l'importance aujourd'hui de l'apprentissage des langues étrangères. On connaît la chanson : " dans le monde d'aujourd'hui, à l'heure de la mondialisation, du village global "… Bref, parler anglais ou allemand ou espagnol ou chinois ou serbo-croate, c'est bien ; encore faut-il au préalable parler, et donc comprendre, et donc lire, et donc écrire, français. C'est ce que semble oublier le Ministre. Pas plus tard qu'avant-hier, la deuxième enquête du PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis) révélait qu'en France les compétences des élèves en Français avaient encore diminué, le pourcentage de ceux qui éprouvent les plus grandes difficultés de compréhension et d'expression passant en trois ans de 4, 2% à 6,3% !

Face à ce projet destructeur qui, loin de réformer le système hérité de trente ans de psycho-pédagogie, s'inscrit dans sa continuité, les syndicats sont une fois de plus obnubilés par les moyens. Ce mardi 7 décembre, ils appelaient à la grève au motif principal, et décidément toujours le même, des suppressions de postes ! Ces gens n'ont pas compris, ou ne veulent pas comprendre, qu'il s'agit bien plus d'une question de fond que d'une question matérielle. Il s'agit de savoir ce qu'on entend par Education, il s'agit de savoir ce qu'on entend par Transmission et par Autorité, il s'agit de savoir si l'on veut se doter enfin des moyens moraux de la réforme. Car la réforme à entreprendre est une réforme MORALE et non pas matérielle, il s'agit de s'accorder sur les principes et les valeurs qu'il est important de transmettre aux générations qui nous suivent. Ce défi-là n'intéresse pas les enseignants qui préfèrent lever leurs petits boucliers chacun dans leur petit coin pour rabioter au gouvernement quelques heures par-ci, quelques postes par-là.

Pour légitimer son projet, François Fillon soulignait l'autre soir que celui-ci a pour but de " rendre confiance " aux élèves. Le très " républicain " Ministre considère donc que c'est en abaissant encore un peu plus le niveau d'exigence, en fixant un " socle " aux élèves et non un horizon, en bradant le baccalauréat, en bradant par voie de conséquence les diplômes universitaires qu'on redonnera confiance aux jeunes générations. Au contraire, l'école que nous prépare M. Fillon et ses amis ne rendra confiance à personne, ni aux jeunes Français à qui elle proposera une école au rabais et des diplômes dévalués, abaissant leur niveau général pour mieux exploiter leur force de travail, ni aux pauvres enseignants, syndiqués ou non, qui finiront par devoir, à force d'adaptations, par renier leurs propres matières disciplinaires et piétiner leur amour-propre. D'un côté des cocus, de l'autre des aigris, voilà ce que nous promet l'école de M. Fillon, en réalité une école de la défiance, dans laquelle tous seront insatisfaits et sans repères, inquiets et hostiles. Les libéraux qui sont déjà au pouvoir se satisferont parfaitement d'une telle école. Il paraît que François Fillon s'est beaucoup rapproché de Nicolas Sarkozy. n