Le
fascislamisme
ne passera pas!
par
Raphaël Dargent
Strasbourg, 29 septembre 2004
" Le
vingt-et-unième siècle sera religieux ou ne sera pas " disait Malraux. Il
se peut qu'il se soit lourdement trompé. En réalité, c'est un tout autre
danger qu'il faut craindre : que le vingt-et-unième soit religieux et ne
soit plus. Car c'est bien le fondamentalisme religieux - en l'occurrence
l'islamisme - qui déclare aujourd'hui la guerre aux nations dites
civilisées, les nôtres. Et nul n'est protégé, nul ne doit se sentir à
l'abri, et surtout pas la France malgré son attitude raisonnable
concernant la guerre en Irak.
Le
siècle nouveau s'ouvre sur la terreur, la terreur la plus horrible
qui soit, puisqu'elle filmée, mise en scène jusqu'à
l'abject. Voilà qu'on égorge un homme, comme un simple mouton,
sous nos yeux ; voilà, à nouveau, le statut de l'homme ramené
à celui de l'animal. On en est là, aujourd'hui, après
Descartes, après les Lumières, après Nuremberg. Qu'étaient-ils
naïfs ceux qui s'imaginaient que l'ère de la raison allait
sonnée avec celle de l'enseignement de masse, avec l'air de la
technique. La barbarie ne nous a pas quitté. Elle est partie de
nous. L'homme ne change pas, et il n'y pas de leçons de l'Histoire.
On tue scien-ti-fi-que-ment, la guerre se veut " technologique ",
les frappes " chirurgicales " et
on égorge au couteau.
Ne nous y trompons pas : à l'ère de la médiacratie,
à l'ère de la massification de l'enseignement, le populisme
et son corollaire, le fanatisme, ne se sont jamais mieux porté,
et ils ont, croyez-le, de beaux jours devant eux.
C'est désormais chaque jour que nos écrans sont pollués
par ces images de mort; des images qui marquent nos enfants et déforment
leurs esprits, qui finissent par s'y habituer. C'est un poison qui s'infiltre
peu à peu dans leur imaginaire et finit par tout contaminer ; ces
temps déchristianisés et de décervelage généralisé
nous ôteront décidément tout, jusqu'à notre
humanité.
En
Irak, ce champ de mines dont l'Amérique ne viendra pas à
bout, les morts s'alignent jour après jour et l'instabilité
gagne toutes les régions. Après les otages américains
décapités lors de mise en scène macabre - la reproduction
à l'identique de la scène décrite par Bernard Henri-Lévy
concernant la mort du journaliste Daniel Pearl -, après les otages
anglais, après les otages japonais, et tous les autres otages,
voici donc que deux journalistes français sont depuis plus d'un
mois les prisonniers d'un des multiples groupuscules terroristes qui font
régner la terreur en Irak. La France n'est donc pas à l'abri.
Et pourquoi le serait-elle ? Eu égard à son refus de soutenir
l'aventurisme d'outre-Atlantique ? Foutaises ! Balivernes ! Il y a quelques
jours, c'est en Arabie saoudite qu'un Français a été
abattu par des terroristes.
En réalité, avec cette vague de terrorisme islamique, il
s'agit bel et bien d'une guerre, d'une guerre faite à tout l'Occident
et pas seulement à la première puissance mondiale, d'une
guerre faite à tout l'Occident, démocratique et chrétien.
Démocratique et chrétien car, c'est un fait, c'est un tout
un. Samuel Huntington évoqua il y a quelques années "
le choc de civilisations " et on a beaucoup critiqué cette
lecture du monde à venir, ce manichéisme ; on continue à
ne pas vouloir y croire, on aimerait que cela ne se produise jamais, que
jamais l'on arrive à cette extrémité. On y va tout
droit.
Certes,
on l'a dit, il y a l'impérialisme américain qui ne date
pas d'hier, certes cet impérialisme s'exprime avec une force particulière
depuis une quinzaine d'années, une force accrue, une force outrecuidante.
Il n'empêche, si nous avons raison de critiquer le comportement
follement belliciste du gouvernement de George Bush, il ne faut pas se
tromper d'ennemis, ni d'alliés ; dans cette affaire - l'affaire
du siècle qui s'ouvre - nos alliés sont aux Etats-Unis,
pays qui présente encore, quoiqu'on en pense, toutes les apparences
d'une démocratie ; quant à nos ennemis, ils sont du côté
de l'Afghanistan, du Pakistan, de l'Arabie saoudite, de l'Iran, et peut-être
même de la Turquie, qu'on s'apprête à faire entrer
demain dans l'Union européenne, bref de tous ces Etats théocratiques
ou si peu démocratiques, et qui abritent, sciemment ou non, nombre
de bras armés de l'islamisme. On veut encore croire, chez nous,
qu'un islam modéré l'emportera, et je veux bien accepter
de dire que c'est lui qu'il faut encourager. Reste que quand on est attaqué,
il faut se défendre.
Mais
que faut-il répondre à cette menace ? Faut-il, à
notre tour, nous replier sur notre religion, nous lancer dans une contre-croisade,
est-ce à une nouvelle guerre des religions qu'il faut travailler?
Faut-il jouer un fondamentalisme contre un autre ? Certes pas. Ce serait
la pire des solutions. En réalité, on le voit avec l'affaire
du voile islamique, la défense ferme de nos principes et de nos
valeurs peut suffire. C'est parce que le gouvernement français
a été ferme sur la laïcité que la rentrée
scolaire s'est bien déroulée et que les jeunes filles se
sont finalement dévoilée. Encore faut-il donc être
ferme, ce qui dans ces jours où l'autorité et le caractère
font cruellement défaut, n'est pas donné. Dans l'affaire
des otages, quelle réponse apporter aux chantages monstrueux si
ce n'est l'inflexibilité ?
Il faut tenir bon quoiqu'il nous en coûte. On ne cède pas
aux terroristes, parce que si on le fait aujourd'hui il faudra que nous
le fassions plus encore demain. Nombre d'intellectuels ouvrent enfin les
yeux. Il suffit de lire Jack-Alain Léger, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz,
Guy Millière ou de se plonger dans le dernier numéro hors-série
de la revue Cités, numéro intitulé " L'Islam
en France ", pour s'en convaincre.
C'est
pourquoi, alors que l'Union européenne s'apprête à
considérer positivement la question de l'adhésion de la
Turquie, cet Etat faussement laïque, peuplé de 100 millions
d'habitants, cet Etat par conséquent majoritaire dans les institutions
communautaires, cet Etat voisin de la Syrie, de l'Iran des mollahs, voisin
de l'Irak, il faut aussi montrer notre fermeté. Comment, dans le
contexte mondial actuel, pourrait-on à la fois refuser de considérer
la réalité de notre héritage chrétien dans
le texte constitutionnel européen et accepter que le plus peuplé
des Etats de l'Union soit musulman?
Rester ferme, là-aussi, c'est doter l'Europe d'une barrière
spirituelle, de remparts faits de principes et de valeurs, d'un glacis
protecteur de certitudes, de convictions. Dans la question du voile en
France, face au terrorisme en Irak, sur la question de l'adhésion
à l'Union de la Turquie, soyons donc nous-mêmes, Français,
Européens, sans exclusion et sans invective mais quand même
sûrs et assez fiers de ce que nous sommes ; le danger sera alors
de beaucoup diminué car nous aurons les ressources morales pour
l'affronter. C'est à ces conditions, et à ces conditions
seulement, que le fascislamisme ne passera pas.
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