Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

              "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

Politique française

 

Éditorial

Chronique nationale

Tribune européenne

Regard international

Libre opinion

Informations militantes

 

Lettres  françaises

 

Nos immortels

Langue française

Idées et réflexions

Critique littéraire

 

Histoire de France

 

Rois et serviteurs

Les Napoléon

Panthéon républicain

De Gaulle et le gaullisme

Patrimoine

Traditions et terroirs

 

Notre bibliothèque

 

Sélection du mois

Citation

Grands entretiens

 

 

ARCHIVES ÉDITO

 

Si vous souhaitez vous inscrire à notre liste de diffusion, merci de nous le signaler par courriel.

 Accueil / Présentation / Notre équipe / Archives édito / Nous écrire / Liens

Le fascislamisme

ne passera pas!

 

par Raphaël Dargent

 

Strasbourg,  29 septembre 2004


" Le vingt-et-unième siècle sera religieux ou ne sera pas " disait Malraux. Il se peut qu'il se soit lourdement trompé. En réalité, c'est un tout autre danger qu'il faut craindre : que le vingt-et-unième soit religieux et ne soit plus. Car c'est bien le fondamentalisme religieux - en l'occurrence l'islamisme - qui déclare aujourd'hui la guerre aux nations dites civilisées, les nôtres. Et nul n'est protégé, nul ne doit se sentir à l'abri, et surtout pas la France malgré son attitude raisonnable concernant la guerre en Irak.

Le siècle nouveau s'ouvre sur la terreur, la terreur la plus horrible qui soit, puisqu'elle filmée, mise en scène jusqu'à l'abject. Voilà qu'on égorge un homme, comme un simple mouton, sous nos yeux ; voilà, à nouveau, le statut de l'homme ramené à celui de l'animal. On en est là, aujourd'hui, après Descartes, après les Lumières, après Nuremberg. Qu'étaient-ils naïfs ceux qui s'imaginaient que l'ère de la raison allait sonnée avec celle de l'enseignement de masse, avec l'air de la technique. La barbarie ne nous a pas quitté. Elle est partie de nous. L'homme ne change pas, et il n'y pas de leçons de l'Histoire. On tue scien-ti-fi-que-ment, la guerre se veut " technologique ", les frappes " chirurgicales " et …on égorge au couteau. Ne nous y trompons pas : à l'ère de la médiacratie, à l'ère de la massification de l'enseignement, le populisme et son corollaire, le fanatisme, ne se sont jamais mieux porté, et ils ont, croyez-le, de beaux jours devant eux.
C'est désormais chaque jour que nos écrans sont pollués par ces images de mort; des images qui marquent nos enfants et déforment leurs esprits, qui finissent par s'y habituer. C'est un poison qui s'infiltre peu à peu dans leur imaginaire et finit par tout contaminer ; ces temps déchristianisés et de décervelage généralisé nous ôteront décidément tout, jusqu'à notre humanité.

En Irak, ce champ de mines dont l'Amérique ne viendra pas à bout, les morts s'alignent jour après jour et l'instabilité gagne toutes les régions. Après les otages américains décapités lors de mise en scène macabre - la reproduction à l'identique de la scène décrite par Bernard Henri-Lévy concernant la mort du journaliste Daniel Pearl -, après les otages anglais, après les otages japonais, et tous les autres otages, voici donc que deux journalistes français sont depuis plus d'un mois les prisonniers d'un des multiples groupuscules terroristes qui font régner la terreur en Irak. La France n'est donc pas à l'abri. Et pourquoi le serait-elle ? Eu égard à son refus de soutenir l'aventurisme d'outre-Atlantique ? Foutaises ! Balivernes ! Il y a quelques jours, c'est en Arabie saoudite qu'un Français a été abattu par des terroristes.
En réalité, avec cette vague de terrorisme islamique, il s'agit bel et bien d'une guerre, d'une guerre faite à tout l'Occident et pas seulement à la première puissance mondiale, d'une guerre faite à tout l'Occident, démocratique et chrétien. Démocratique et chrétien car, c'est un fait, c'est un tout un. Samuel Huntington évoqua il y a quelques années " le choc de civilisations " et on a beaucoup critiqué cette lecture du monde à venir, ce manichéisme ; on continue à ne pas vouloir y croire, on aimerait que cela ne se produise jamais, que jamais l'on arrive à cette extrémité. On y va tout droit.

Certes, on l'a dit, il y a l'impérialisme américain qui ne date pas d'hier, certes cet impérialisme s'exprime avec une force particulière depuis une quinzaine d'années, une force accrue, une force outrecuidante. Il n'empêche, si nous avons raison de critiquer le comportement follement belliciste du gouvernement de George Bush, il ne faut pas se tromper d'ennemis, ni d'alliés ; dans cette affaire - l'affaire du siècle qui s'ouvre - nos alliés sont aux Etats-Unis, pays qui présente encore, quoiqu'on en pense, toutes les apparences d'une démocratie ; quant à nos ennemis, ils sont du côté de l'Afghanistan, du Pakistan, de l'Arabie saoudite, de l'Iran, et peut-être même de la Turquie, qu'on s'apprête à faire entrer demain dans l'Union européenne, bref de tous ces Etats théocratiques ou si peu démocratiques, et qui abritent, sciemment ou non, nombre de bras armés de l'islamisme. On veut encore croire, chez nous, qu'un islam modéré l'emportera, et je veux bien accepter de dire que c'est lui qu'il faut encourager. Reste que quand on est attaqué, il faut se défendre.

Mais que faut-il répondre à cette menace ? Faut-il, à notre tour, nous replier sur notre religion, nous lancer dans une contre-croisade, est-ce à une nouvelle guerre des religions qu'il faut travailler? Faut-il jouer un fondamentalisme contre un autre ? Certes pas. Ce serait la pire des solutions. En réalité, on le voit avec l'affaire du voile islamique, la défense ferme de nos principes et de nos valeurs peut suffire. C'est parce que le gouvernement français a été ferme sur la laïcité que la rentrée scolaire s'est bien déroulée et que les jeunes filles se sont finalement dévoilée. Encore faut-il donc être ferme, ce qui dans ces jours où l'autorité et le caractère font cruellement défaut, n'est pas donné. Dans l'affaire des otages, quelle réponse apporter aux chantages monstrueux si ce n'est l'inflexibilité ?
Il faut tenir bon quoiqu'il nous en coûte. On ne cède pas aux terroristes, parce que si on le fait aujourd'hui il faudra que nous le fassions plus encore demain. Nombre d'intellectuels ouvrent enfin les yeux. Il suffit de lire Jack-Alain Léger, Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, Guy Millière ou de se plonger dans le dernier numéro hors-série de la revue Cités, numéro intitulé " L'Islam en France ", pour s'en convaincre.

C'est pourquoi, alors que l'Union européenne s'apprête à considérer positivement la question de l'adhésion de la Turquie, cet Etat faussement laïque, peuplé de 100 millions d'habitants, cet Etat par conséquent majoritaire dans les institutions communautaires, cet Etat voisin de la Syrie, de l'Iran des mollahs, voisin de l'Irak, il faut aussi montrer notre fermeté. Comment, dans le contexte mondial actuel, pourrait-on à la fois refuser de considérer la réalité de notre héritage chrétien dans le texte constitutionnel européen et accepter que le plus peuplé des Etats de l'Union soit musulman?
Rester ferme, là-aussi, c'est doter l'Europe d'une barrière spirituelle, de remparts faits de principes et de valeurs, d'un glacis protecteur de certitudes, de convictions. Dans la question du voile en France, face au terrorisme en Irak, sur la question de l'adhésion à l'Union de la Turquie, soyons donc nous-mêmes, Français, Européens, sans exclusion et sans invective mais quand même sûrs et assez fiers de ce que nous sommes ; le danger sera alors de beaucoup diminué car nous aurons les ressources morales pour l'affronter. C'est à ces conditions, et à ces conditions seulement, que le fascislamisme ne passera pas.
n