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On réclame du courage !

 

par Raphaël Dargent

 

Strasbourg,  12 janvier 2004

 

2003 n'aura pas entièrement racheté 2002 ni aucune des années précédentes. A l'heure du bilan, apparaissent bien sûr quelques éléments positifs à porter au crédit de l'actuel gouvernement : succès de la politique de sécurité routière et de l'ensemble de la politique de sécurité, avec une diminution significative du nombre des crimes et délits dans beaucoup de régions - le ministre de l'Intérieur en tire actuellement une certaine popularité, tant mieux pour lui - ; fermeté bienvenue sur la question du voile islamique : le vote d'une loi sur la laïcité, malgré les difficultés qui ne manqueront pas d'apparaître dès lors qu'il faudra la faire respecter, s'avère en effet nécessaire. Méritoire aussi l'épisode de la guerre américaine en Irak qui nous a donné, un temps, l'illusion de retrouver un peu de notre grandeur passée. Je dis " l'illusion " parce que la réalité, on le voit aujourd'hui sur le plan international, est autre. Retrouver un magistère moral ne suffit pas à refaire de la puissance. Belle leçon : une politique ne peut pas seulement être faite de mots. Le ministre des Affaires étrangères en a tiré une belle popularité, tant mieux pour lui.

Cependant, les points négatifs ne manquent pas : erreur sur la Corse - le ministre de l'Intérieur le reconnut lui-même - erreur sans doute aussi sur le CFCM (Conseil français du culte musulman) désormais noyauté par des organisations fondamentalistes financées par l'étranger. Faute avec l'acceptation du Traité instituant une Constitution européenne, et donc une Europe fédérale, heureusement retardée par une réalité indépassable : les intérêts propres à chaque nation. Echec enfin dans la lutte contre le chômage - la poursuite de la désindustrialisation de la France en 2003 est là pour nous rappeler si besoin était que notre pays est bel et bien sur la pente descendante.

L'année qui débute sera-t-elle différente, sera-t-elle l'année du renouveau ? Le président de la République et le gouvernement nous promettent une année de réforme, notamment en ce qui concerne l'emploi. Dont acte. Mais inutile d'attendre des miracles, d'autant que 2004 sera une année électorale - européennes et régionales - dont on sait combien celles-ci ne sont justement pas propices aux grandes réformes.
Depuis 2001, ce gouvernement avait toutes les cartes en main pour engager la France sur la voie des réformes audacieuses et finalement sur la voie du redressement. Il ne l'a pas fait, ou si peu, comme si en réalité lui manquait l'essentiel, à savoir le courage et, pour motiver ce courage, un minimum de foi en la France.

Pourra-t-il en 2004 réaliser ce qu'il n'a pas réalisé jusqu'alors ? Le pire n'est jamais sûr. Et puisque nous refusons résolument, une fois pour toutes, la fatalité du déclin, aidons-le à oser la France, soyons, avec d'autres, un de ces aiguillons. L'association Jeune France, son site et la revue Libres seront en 2004 cet aiguillon.
Car il ne sert à rien de s'apitoyer sur le déclin de la France une fois celui-ci constaté. Il s'agit au contraire de partir de ce socle pour remonter la pente. En réformant l'Etat, c'est-à-dire en restaurant son autorité, en réformant les services publics pour en assurer la pérennité, en utilisant la construction européenne et la mondialisation pour y défendre partout nos intérêts, en restant fermes sur nos principes républicains et fidèles à nos traditions nationales, en un mot, en se battant avec nos atouts dans le monde tel qu'il est. Ne faisons pas d'idéologie, ne nous tournons pas indéfiniment vers le passé, portés que nous sommes parfois à la nostalgie de ce qui ne reviendra pas. Il n'est plus temps de nous faire des illusions, de nous croire plus forts et plus importants que nous sommes en réalité. La marche du monde ne nous attend pas. Bien sûr, le préalable à tout consiste à rejeter les idéaux qui nous ont fait tant de mal - et continue à le faire, car il est toujours d'indécrottables défaitistes et qui aiment la défaite de la France - et à pratiquer enfin le langage de la vérité pour mener une politique de bon sens. La France telle qu'elle est, le monde tel qu'il est. C'est bien tout l'enseignement du gaullisme. On réclame donc une année de réformes, une année de courage. " Le courage, vertu des temps difficiles " disait De Gaulle.

Dernière nouvelle : ce matin, les chercheurs français se plaignent de la pauvreté de leurs financements publics - il est vrai que 2003 s'est traduit partout par des baisses de crédit et que les conséquences s'en font cruellement sentir : le nombre de recrutements de jeunes chercheurs a été divisé par trois en deux ans à l'Inserm et celui de chercheurs permanents sera amputée de 10% cette année au CNRS. Voilà encore un autre des chantiers prioritaires que doit ouvrir le gouvernement en 2004. La recherche d'aujourd'hui, ce sont les emplois et la puissance de demain. Le retard européen en la matière est déjà suffisamment conséquent par rapport aux Etats-Unis pour qu'il ne soit pas nécessaire de l'aggraver.

Décidément, oui : du courage, du courage, et encore du courage ! Il n'y a plus de temps à perdre. n