Le
libéralisme
contre la
France
par
Raphaël Dargent
Strasbourg,
03 décembre 2003
Il
ne faudrait pas allumer la radio en se levant. En effet, il ne se passe
pas un matin, entre six et huit heures, sans qu'il n'y ait une nouvelle
offensive libérale contre la France. L'autre jour, c'était
Francis Mer, ministre de l'Economie et des Finances, celui qui nous expliquait
il y a peu que " ceux qui gagnent beaucoup d'argent ont plus de mérite
que ceux qui n'en gagnent pas beaucoup", qui laisse entendre qu'avec
les 35 heures les Français sont devenus des fainéants. L'ouvrage
du libéral Nicolas Baverez, dont tout le landernau parisien parle
en ce moment, (" La France qui tombe ") ose la même remarque.
Les
Français, des fainéants ? Allez dire cela à mon père
qui depuis la loi sur les 35 heures a des horaires déments (alternant
le travail le matin, l'après-midi et, délice d'entre les
délices, la nuit, week-end compris!) et n'a peut-être jamais
autant travaillé. Les 35 heures, c'est simple : il faut en faire
autant en moins de temps ! Et tout cela à près de cinquante-cinq
ans, tout cela après 35 ans dans la même entreprise, tout
cela pour l'équivalent de 8000 francs par mois ! Francis Mer et
Nicolas Baverez ont-ils vu les yeux de mon père quand il rentre
de ces " nuits "? En réalité, les gens informés
et les gens sérieux savent bien que les salariés français
ont une des meilleures productivités du travail au monde. Même
les Japonais le reconnaissent. Notre pays regorge de compétences
qui ne demandent qu'à être encouragées et payées
à leur juste valeur. Mais cela les libéraux s'en moquent.
C'est pourquoi chaque matin, dès le saut du lit, ils vitupèrent
contre l'Etat et se déchaînent contre les services publics.
Si on les laisse faire, ils démonteront tout l'édifice,
morceau après morceau, jusqu'à qu'il n'en reste rien. Tel
jour, ils réclament de ne pas remplacer les fonctionnaires qui
partent en retraite, le lendemain ils suggèrent qu'on pourrait
payer au mérite ceux qui restent, sans évidemment dire selon
quelles modalités pratiques. Le lundi, on annonce l'augmentation
du forfait hospitalier, le mardi la naissance d'une taxe " écologique
" sur le gasoil, le mercredi la suppression des allocations pour
les chômeurs en fin de droits. Et ainsi de suite, chaque matin,
la même petite musique. Au moins ne nous chante-t-on plus la sérénade
sur la baisse des impôts sur le revenu puisque, dans le même
temps, chaque Français a pu constater que les impôts locaux
ont augmenté dans des proportions considérables.
A chaque fois, c'est l'Etat qu'on déshabille et les plus modestes
qui doivent payer. Transférer la décision et les charges
budgétaires aux collectivités locales et territoriales ne
fera aucune économie, bien au contraire. C'est bien connu : les
seigneurs du crû, barons et autres ducs, sont toujours plus gourmands
que le roi lui-même.
Et comme ce long déshabillage n'a pas de fin, voici donc que, conformément
à leurs vux, et aux traités européens dont
ils inspirent chaque ligne, la France s'achemine vers la libéralisation
du service postal, c'est-à-dire vers sa privatisation, vers celle
aussi du secteur énergétique, comme si les expériences
américaine, anglaise ou italienne en la matière et leurs
gigantesques pannes d'électricité ne nous faisaient pas
réfléchir.
Quand tout va bien, évidemment, l'on se dit qu'il y a trop de fonctionnaires,
qu'il faut rationaliser, pour reprendre la rhétorique de Bercy,
faire la chasse aux profiteurs du système. Mais quand survient
la crise, celle qu'on n'attendait pas et qu'on n'a donc pas anticipée,
c'est alors que tous constatent, mais un peu tard, que les services publics
manquent de personnels. Oui, monsieur Raffarin, mieux vaut parfois trop
de fonctionnaires que pas assez. Cela évite par exemple d'être
pris au dépourvu par une canicule, aussi exceptionnelle soit-elle.
Dites-le à vos amis Madelin et Sellière dont vous faites
désormais la politique.
Le député UMP Dominique Paillé affirme qu'il ne veut
pas défendre la politique antisociale du Medef ? C'est bien pourtant
ce que fait le gouvernement qu'il soutient, c'est bien pourtant la politique
que soutient et propose son parti. Que Dominique Paillé tire donc
la même conclusion que nous : les gaullistes n'ont rien à
faire à l'UMP. Cette politique ne sert pas la France ; elle ne
sert que le libéralisme, que le marché, que le profit, à
l'échelle de l'Europe et à l'échelle du monde.
Si la France tombe, pour reprendre le titre de l'ouvrage de Nicolas Baverez,
ce n'est certes pas le libéralisme qui la relèvera du gouffre.
On peut même être sûr aujourd'hui que le néo-libéralisme
est le meilleur moyen et le plus rapide de défaire la France, d'en
finir avec elle. On a déjà vu des purges tuer les malades,
des saignées laisser exsangues les alités. En démantelant
l'Etat, en cassant les services publics, c'est l'unité nationale
et la cohésion sociale qu'on met à bas.
De
Gaulle, qui imaginait une troisième voie entre le socialisme pur
et dur et le libéralisme ultra, celle encore inexplorée
de l'association capital-travail, ne s'y trompait pas. " Le libéralisme,
disait-il, tel qu'on le voyait avant-hier est devenu une chose inconcevable
et insupportable dans l'état présent du monde et spécialement
dans l'état présent de la France " (allocution devant
les comités professionnels du RPF, 31 août 1948).
En combattant le libéralisme de messieurs Mer et Baverez, nous
resterons fidèle à la France.
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