Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

                   "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

Politique française

 

Éditorial

Chronique nationale

Tribune européenne

Regard international

Libre opinion

 

Lettres  françaises

 

Nos immortels

Langue française

Idées et réflexions

Critique littéraire

 

Histoire de France

 

Rois et serviteurs

Les Napoléon

Panthéon républicain

De Gaulle et le gaullisme

Patrimoine

Traditions et terroirs

 

Notre bibliothèque

 

Sélection du mois

Citation

Grands entretiens

 

 

 

 

Archives

Gaullisme 1

Gaullisme 2

Gaullisme 3

Gaullisme 4

Gaullisme 5

Gaullisme 6

Gaullisme 7

Gaullisme 8

Gaullisme 9

Gaullisme 10

Gaullisme 11

Gaullisme 12

Gaullisme 13

Gaullisme 14

Gaullisme 15

Gaullisme 16

Gaullisme 17

Gaullisme 18

Gaullisme 19

Gaullisme 20

Gaullisme 21

Gaullisme 22

Gaullisme 23

Gaullisme 24

 

 

 

Si vous souhaitez vous inscrire à notre liste de diffusion, merci de nous le signaler par courriel.

 Accueil / Présentation / Notre équipe / Archives édito / Nous écrire / Liens

Un homme de  devoir

par Raphaël Dargent

 

à propos de

Le général Saint-Hillier. De Bir Hakeim au putsch d'Alger

de Jean-Christophe Notin

Perrin, 2009.                

 

                                                             

 

Méconnu du grand public, Bernard Saint-Hillier fut un héros à part entière, soldat engagé d’emblée en 1940 derrière de Gaulle et fidèle jusqu’au bout, jusqu’au bout à l’armée, jusqu’au bout à la France, livrant tous les combats et servant le pays pendant un demi-siècle. Cinq ans après la mort de ce grand général, Jean-Christophe Notin, s’appuyant sur des carnets jusqu’alors inédits, lui rend justice dans un ouvrage remarquable par bien des aspects et qui, au-delà d’un simple portrait, constitue une véritable plongée dans l’histoire militaire de notre pays.

Issu d’une famille franc-comtoise dont l’engagement patriotique était de tradition, Bernard Saint-Hillier marcha sur les pas de son arrière-grand-père, soldat de Napoléon, de son grand-père décoré de la médaille militaire en 1859, de son père Louis, croix de Guerre, lequel père ne cachait pas ses ambitions : « Je tiens à ce que mon fils soit un "type épatant" et me fasse honneur car j’ai la certitude de le voir arriver aux étoiles qu’on m’a refusées. »

S’il entra dans la carrière des armes comme chasseur alpin, Bernard rejoindra vite la Légion, exactement la 13e demi-brigade, pour ne jamais la quitter, du moins dans son coeur. S’illustrant sur bien des théâtres d’opération pendant la Seconde Guerre mondiale, de la Norvège jusqu’aux ultimes percées dans les Alpes en direction de Turin, en passant par l’Erythrée, la Syrie, Bir Hakeim, El Alamein, la Tunisie, l’Italie, la Provence et l’Alsace, Saint-Hillier est de ces hommes qui relevèrent l’honneur français. Rejetant la trahison Pétain, conspuant l’arrangement Giraud, il suivra de Gaulle indéfectiblement, et cela en dépit de sa déception vis-à-vis de certains choix du Général. Aux détours des pages de cet ouvrage entraînant, on croise une galerie de héros, dont beaucoup sont des martyrs, tels Amilakvari, Brosset, Amyot d’Inville ou Laurent-Champrosay. Le mérite de Notin est de ne rien  nous cacher des doutes ni des drames personnels de ces hommes – l’auteur insiste notamment sur l’éloignement familial, la femme qu’on laisse en France, les enfants qu’on ne voit pas naître – pas davantage qu’il n’occulte les tensions ou les rivalités – nombreuses et cela étonne – entre les chefs, Leclerc, de Lattre, Larminat, Juin, mais aussi entre ceux d’un rang plus modeste. Pourtant y a-t-il lieu de s’étonner ? Ces héros étaient aussi des hommes. Et ceux-là n’avaient pas le moins de caractère ni d’amour-propre.

Après la guerre, Saint-Hillier resta sous les drapeaux, constatant amèrement que le décalage était décidément grand entre ceux qui se battaient et ceux qui gouvernaient, ces politiciens – « cette écume à la surface de la France » disait-il – qui ressemblaient comme deux gouttes d’eau à ceux de la IIIe république responsables du désastre de 1940, et qui recommençaient à perdre le pays, lâchant l’armée aux pires moments, reculant à Suez ou abandonnant à Diên Biên Phu. Sur ce même plan, l’Algérie fut une déchirure pour Saint-Hillier. Jamais ce patriote ne comprit qu’on en vint à opposer des soldats français à d’autres des leurs, pas plus en 1961 en Algérie qu’en 1940 du côté de Dakar, puis au Gabon ou au Levant. A la tête de la 10e DP, il veilla donc à tenir ses hommes, à éviter les démissions, à empêcher les rebellions, alors même que certains ne comprenaient plus pourquoi ils continuaient à se battre, pire : à mourir pour une cause dont on avait décidé à Paris qu’elle était perdue. Et Jean-Christophe Notin le démontre contre toutes rumeurs et donne raison à Messmer: Saint-Hillier ne servit nullement les putschistes du 21 avril 61, Saint-Hillier ne se fourvoya pas et, en dépit de ses états d’âmes, resta fidèle à de Gaulle.  

Mais homme de devoir, Saint-Hillier était aussi un homme de caractère, ce qui l’empêcha sans doute d’avancer plus vite dans la carrière. De Gaulle lui-même s’en étonna, qui finit par le promouvoir général de corps d’armée et commandant de la 3ème région militaire. Certes, la 5ème étoile lui fera finalement défaut, mais compagnons de la Libération, croix de Guerre, grand-croix de la Légion d’honneur, nul doute qu’il aurait fait la fierté de son père. Bernard avait bien mérité de la patrie, comme il avait bien mérité de la famille.

Jean-Christophe Notin fait bien de le souligner : français libre jusqu’au bout, Saint-Hillier se fera dans les dernières années de sa vie l’ardent défenseur de la mémoire de la 1ère DFL, mais sans toutefois écrire le grand ouvrage qu’on eût pu attendre de lui sur le sujet. Nous partageons ce regret, mais nous partageons aussi l’enthousiasme de l’auteur devant cet homme exemplaire qui toute sa vie au service de l’armée française et de De Gaulle, fut en accord avec la devise de ses ancêtres : « Fais ce que dois. » n

Cet article est paru dans le n° 157 de la revue Espoir.