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Un
chevalier
rendu à notre Histoire
par Raphaël Dargent
à propos de
Larminat. Un fidèle hors
série,
ouvrage de la Fondation Charles
de Gaulle sous la direction de Philippe Oulmont, éditions LBM, 2008.
Il est des héros négligés.
Du moins il en fut un, héros de la Seconde Guerre mondiale, héros de la
France Libre qui plus est, qui jusqu’à ce que la Fondation Charles de
Gaulle ne décide récemment de lui rendre l’hommage qu’il mérite et la
place qui est la sienne dans le panthéon national, faisait office de
grand oublié. Ce chevalier – car c’en fut un – sorti du placard
s’appelle Larminat, Edgar de Larminat.
Né en 1885, originaire de
Franche-Comté, Edgar de Larminat, fils d’un officier des Eaux et Forêts,
choisit d’entrer dans la Coloniale. « J’y fus servi, confia-t-il plus
tard, par mon caractère difficile. » Caractère difficile, c’est peu
dire, car Larminat dénote parmi les officiers de son temps, s’affrontant
souvent pendant la guerre à Leclerc, contestant de Lattre ; Catroux le
jugeait instable et incontrôlable, Brosset et Monsabert parlaient de lui
comme d’un fou. Peut-être faut-il chercher ici les raisons d’une
carrière qui n’eut pas le succès qu’elle méritait ; son caractère
entier, son comportement non-conformiste, sa liberté de penser et de
dire, l’ont sans doute privés du haut commandement que ses qualités
militaires lui destinaient pourtant. Haut commissaire de l’Afrique
française libre, Edgar de Larminat fut chargé par de Gaulle de commander
au Levant la division de la France Libre en cours de formation. Il
aurait pu commander à Bir Hakeim. Mais Koenig lui fut préféré. Il
participa ensuite à la campagne d’Italie, puis à celle de Provence,
avant d’être en charge du front de l’Atlantique, de Gaulle préférant
alors confier le commandement de la campagne d’Allemagne à de Lattre.
Un grave accident de voiture, survenu en juillet 42 entre Le Caire et
Alexandrie, accident dont il réchappa de justesse mais qui le laissa le
crâne enfoncé et atteint de séquelles psychologiques durables, marqua sa
vie et explique peut-être le geste fatal qui, dans la nuit du 30 juin au
1er juillet 1962, le poussa à mettre fin à ses jours.
Patriote farouche,
originellement réactionnaire, Edgar de Larminat avait fini par accepter
la République, suivant en cela de Gaulle. Fidèle au Général, il était
l’un des rares à oser néanmoins lui tenir tête, même si, au final, il
finissait par se ranger à ses raisons. Après la guerre, Larminat ne fut
jamais un godillot, ni gaulliste, ni plus tard membre du RPF. Il
s’engagea notamment en faveur de la CED, soutenant dans l’affaire
Pleven, et pas de Gaulle.
Le Général avait pourtant la plus haute estime pour cet officier qui
incarnait, parfois jusqu’à l’excès, l’esprit de la France Libre. Pour
preuve, c’est lui qui présidera, de 1946 jusqu’à sa mort, l’Association
des Français Libres et sera, à cette fonction, le grand artisan d’une
politique de la mémoire.
En 1960-61, il soutiendra de Gaulle face à l’OAS et aux militaires
rebelles d’Alger. C’est à lui que le Général songea pour présider la
Cour militaire de justice chargée de juger les putschistes. Le général
de Larminat eut le tort d’accepter d’abord, par fidélité à de Gaulle,
avant d’être anéanti par le poids de cette mission, qu’il ne se sentait
plus capable d’accomplir. Homme d’honneur et de devoir, autant qu’homme
psychologiquement affaibli, il fut alors victime d’une campagne de
presse ignoble mettant en doute ses capacités mentales. Il n’y résista
pas. Une de ses dernières lettres fut pour de Gaulle, lettre dans
laquelle il assurait le Général de sa fidélité et assumait l’entière
responsabilité de son acte : « Je n’ai pu physiquement et mentalement
accomplir le devoir qui m’était tracé. Je m’en inflige la peine, mais je
tiens à ce qu’il soit su que c’est ma faiblesse, et non votre force et
votre lucidité, qui en est la cause. Respectueusement, en souvenir des
grandes heures de 1940... ». Yves Guéna écrira dans
Le Temps des certitudes qu’Edgard de Larminat fut « un homme brisé
par la raison d’Etat ». Sa mort brutale fut assurément un choc pour le
Général, qui s’en sentit un peu responsable, ayant mal jugé l’état de
fatigue de son ami face au poids écrasant de la mission qu’il lui avait
confiée. Edgar de Larminat n’eut pas droit à des obsèques religieuses,
l’église refusant alors les dépouilles des suicidés. De Gaulle le
regretta et confia : « Dieu, j’en suis sûr, l’a en sa sainte garde. »
Il faut souligner que cet
ouvrage collectif – on y retrouve les signatures de Claude d’Abezac-Epezy,
François Broche, Antoine Champeaux, Sylvain Cornil-Frerrot, Paul Gaujac,
Jacques de la Ferrière, Alain Larcan, Julie Le Gac, Henri Lerner, André
Martel, Jean-Christophe Notin –, est dirigé par Philippe Oulmont et
préfacé par Etienne Burin des Roziers. Outre les chapitres consacrés à
son parcours militaire et à ses engagements d’après-guerre, François
Broche rappelle opportunément que Larminat était aussi un homme de
plume, particulièrement fin et intelligent – il écrivit notamment après
guerre de talentueuses Chroniques irrévérencieuses –, Alain
Larcan se penche sur les raisons de son suicide et son frère, Xavier de
Larminat, son neveu, Jacques de la Ferrière, et certains de ses amis
apportent leurs témoignages. L’ensemble est encore complété de documents
inédits.
Larminat.
Un fidèle hors série n’est pas une biographie
au sens strict du terme mais plutôt une succession d’éclairages sur
certains aspects et certains moments de la vie exemplaire d’un patriote
authentique et singulier. Philippe Oulmont et tous les auteurs peuvent
être fiers du travail accompli : justice est faite, Edgar de Larminat
rentré dans ses droits, le chevalier rendu à notre Histoire.
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