Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

                   "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

RETOUR ACCUEIL

 

 

Archives

Gaullisme 1

Gaullisme 2

Gaullisme 3

Gaullisme 4

Gaullisme 5

Gaullisme 6

Gaullisme 7

Gaullisme 8

Gaullisme 9

Gaullisme 10

Gaullisme 11

Gaullisme 12

Gaullisme 13

Gaullisme 14

Gaullisme 15

Gaullisme 16

Gaullisme 17

Gaullisme 18

Gaullisme 19

Gaullisme 20

Gaullisme 21

Gaullisme 22

Gaullisme 23

Gaullisme 24

Gaullisme 25

 

Si vous souhaitez vous inscrire à notre liste de diffusion, merci de nous le signaler par courriel.

 Accueil / Présentation / Notre équipe / Archives édito / Nous écrire / Liens

Un chevalier

rendu à notre Histoire

par Raphaël Dargent

 

à propos de

Larminat. Un fidèle hors série,

ouvrage de la Fondation Charles de Gaulle sous la direction de Philippe Oulmont, éditions LBM, 2008.

 

                

 

                                                                                    

Il est des héros négligés. Du moins il en fut un, héros de la Seconde Guerre mondiale, héros de la France Libre qui plus est, qui jusqu’à ce que la Fondation Charles de Gaulle ne décide récemment de lui rendre l’hommage qu’il mérite et la place qui est la sienne dans le panthéon national, faisait office de grand oublié. Ce chevalier – car c’en fut un – sorti du placard s’appelle Larminat, Edgar de Larminat.

 Né en 1885, originaire de Franche-Comté, Edgar de Larminat, fils d’un officier des Eaux et Forêts, choisit d’entrer dans la Coloniale. « J’y fus servi, confia-t-il plus tard, par mon caractère difficile. » Caractère difficile, c’est peu dire, car Larminat dénote parmi les officiers de son temps, s’affrontant souvent pendant la guerre à Leclerc, contestant de Lattre ; Catroux le jugeait instable et incontrôlable, Brosset et Monsabert parlaient de lui comme d’un fou. Peut-être faut-il chercher ici les raisons d’une carrière qui n’eut pas le succès qu’elle méritait ; son caractère entier, son comportement non-conformiste, sa liberté de penser et de dire, l’ont sans doute privés du haut commandement que ses qualités militaires lui destinaient pourtant. Haut commissaire de l’Afrique française libre, Edgar de Larminat fut chargé par de Gaulle de commander au Levant la division de la France Libre en cours de formation. Il aurait pu commander à Bir Hakeim. Mais Koenig lui fut préféré. Il participa ensuite à la campagne d’Italie, puis à celle de Provence, avant d’être en charge du front de l’Atlantique, de Gaulle préférant alors confier le commandement de la campagne d’Allemagne à de Lattre.  Un grave accident de voiture, survenu en juillet 42 entre Le Caire et Alexandrie, accident dont il réchappa de justesse mais qui le laissa le crâne enfoncé et atteint de séquelles psychologiques durables, marqua sa vie et explique peut-être le geste fatal qui, dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 1962, le poussa à mettre fin à ses jours.  

 Patriote farouche, originellement réactionnaire, Edgar de Larminat avait fini par accepter la République, suivant en cela de Gaulle. Fidèle au Général, il était l’un des rares à oser néanmoins lui tenir tête, même si, au final, il finissait par se ranger à ses raisons. Après la guerre, Larminat ne fut jamais un godillot, ni gaulliste, ni plus tard membre du RPF. Il s’engagea notamment en faveur de la CED, soutenant dans l’affaire Pleven, et pas de Gaulle.                                                            Le Général avait pourtant la plus haute estime pour cet officier qui incarnait, parfois jusqu’à l’excès, l’esprit de la France Libre. Pour preuve, c’est lui qui présidera, de 1946 jusqu’à sa mort, l’Association des Français Libres et sera, à cette fonction, le grand artisan d’une politique de la mémoire.          En 1960-61, il soutiendra de Gaulle face à l’OAS et aux militaires rebelles d’Alger. C’est à lui que le Général songea pour présider la Cour militaire de justice chargée de juger les putschistes. Le général de Larminat eut le tort d’accepter d’abord, par fidélité à de Gaulle, avant d’être anéanti par le poids de cette mission, qu’il ne se sentait plus capable d’accomplir. Homme d’honneur et de devoir, autant qu’homme psychologiquement affaibli, il fut alors victime d’une campagne de presse ignoble mettant en doute ses capacités mentales. Il n’y résista pas. Une de ses dernières lettres fut pour de Gaulle, lettre dans laquelle il assurait le Général de sa fidélité et assumait l’entière responsabilité de son acte : «  Je n’ai pu physiquement et mentalement accomplir le devoir qui m’était tracé. Je m’en inflige la peine, mais je tiens à ce qu’il soit su que c’est ma faiblesse, et non votre force et votre lucidité, qui en est la cause. Respectueusement, en souvenir des grandes heures de 1940... ».    Yves Guéna écrira dans Le Temps des certitudes qu’Edgard de Larminat fut « un homme brisé par la raison d’Etat ». Sa mort brutale fut assurément un choc pour le Général, qui s’en sentit un peu responsable, ayant mal jugé l’état de fatigue de son ami face au poids écrasant de la mission qu’il lui avait confiée. Edgar de Larminat n’eut pas droit à des obsèques religieuses, l’église refusant alors les dépouilles des suicidés. De Gaulle le regretta et confia : « Dieu, j’en suis sûr, l’a en sa sainte garde. »

 Il faut souligner que cet ouvrage collectif – on y retrouve les signatures de Claude d’Abezac-Epezy, François Broche, Antoine Champeaux, Sylvain Cornil-Frerrot,  Paul Gaujac, Jacques de la Ferrière, Alain Larcan, Julie Le Gac, Henri Lerner, André Martel, Jean-Christophe Notin –, est dirigé par Philippe Oulmont et préfacé par Etienne Burin des Roziers. Outre les chapitres consacrés à son parcours militaire et à ses engagements d’après-guerre, François Broche rappelle opportunément que Larminat était aussi un homme de plume, particulièrement fin et intelligent –  il écrivit notamment après guerre de talentueuses Chroniques irrévérencieuses –, Alain Larcan se penche sur les raisons de son suicide et son frère, Xavier de Larminat, son neveu, Jacques de la Ferrière, et certains de ses amis apportent leurs témoignages. L’ensemble est encore complété de documents inédits.

 Larminat. Un fidèle hors série n’est pas une biographie au sens strict du terme mais plutôt une succession d’éclairages sur certains aspects et certains moments de la vie exemplaire d’un patriote authentique et singulier. Philippe Oulmont et tous les auteurs peuvent être fiers du travail accompli : justice est faite, Edgar de Larminat rentré dans ses droits, le chevalier rendu à notre Histoire. n