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L'islam éclairé

 

par Jean-Gérard Lapacherie

 

à propos de Anne-Marie Delcambre,

La schizophrénie de l'islam

éditions Desclée de Brower,2006

 

 

 

 

                     

Voici enfin un grand livre sur l’islam : grand, non pas par la densité ou l’élégance littéraire de l’expression, mais par la force explicative de la thèse qui y est exprimée et dont l’auteur, Mme Delcambre fait l’effort de démontrer la justesse dans plus de deux cent cinquante pages denses. Mme Delcambre est un des rares spécialistes d’arabe littéraire et de civilisation islamique qui prenne ses distances avec son objet d’étude et qui ne s’abîme pas dans la veule complaisance ou le pieux mensonge, comme le font la plupart des islamologues médiatiques. Saluons sa lucidité et son courage. De fait, elle est en mesure de porter sur l’islam, religion et civilisation, un jugement serein, équilibré, sans haine ni admiration bornée, et fondé sur une connaissance vraie des textes et des réalités.

La thèse est résumée dans le titre. Au sens propre, la schizophrénie est une « psychose chronique caractérisée par une dissociation de la personnalité, se manifestant principalement par la perte de contact avec le réel, le ralentissement des activités, l’inertie, le repli sur soi, la stéréotypie de la pensée, le refuge dans un monde intérieur imaginaire, plus ou moins délirant, à thèmes érotiques, mégalomanes, mystiques, pseudo scientifiques ». Mme Delcambre l’entend dans un sens affaibli : « C’est en effet dans le sens de « dissociation » et de perte de contact avec la réalité qu’il faut comprendre le terme de schizophrénie » (p 9). 

La schizophrénie se manifeste par d’innombrables symptômes. Les nostalgiques de l’islam arabe ou de l’islam du désert ou de l’islam des interdits ou de l’islam des racines se réfèrent constamment aux textes fondateurs du VIIe siècle, qu’ils lisent littéralement, sans jamais tenir compte du monde réel, comme s’ils aspiraient à vivre dans un monde disparu et qui n’a sans doute jamais existé, sinon dans leurs fantasmes, et comme s’ils s’obstinaient à nier les réalités dans lesquelles, pourtant, ils vivent. A l’opposé, les partisans de l’islam des Lumières ou de l’islam éclairé sont de leur temps : ils sont « intégrés » dans les sociétés dans lesquelles ils vivent, mais ils s’illusionnent sur le contenu des textes fondateurs qu’ils ignorent ou sur l’histoire réelle de l’islam qu’ils occultent, lisant dans les textes des significations qui n’y sont pas ou leur faisant dire tout autre chose que ce qu’ils disent. S’il y a tant de schizophrènes dans l’islam, c’est que la psychose y est favorisée par l’existence, en son centre ou en son cœur, d’un invariant schizoïde, la schizoïdie étant, au sens propre de ce terme, « une structure caractérielle, aux limites du pathologique, caractérisée par la tendance à l’isolement, à la rêverie, à l’intériorisation des affects, à l’abstraction », et que Mme Delcambre entend dans un sens affaibli, comme la « constitution mentale » qui « prédispose à la schizophrénie ».

Mme Delcambre s’attache à isoler, pour les analyser, les éléments de schizoïdie. Ainsi toute l’histoire de l’islam est une longue dénégation. L’islam est une religion de convertis : s’il n’avait touché que les Arabes, il serait resté confiné dans un minuscule territoire. Ce qui a fait son succès, lorsque les Arabes, à la mort de Mahomet, en 632, sont partis à la conquête du Proche-Orient, puis du monde, c’est qu’il a réussi à convertir par la violence, la menace, le chantage ou la persuasion, des chrétiens, des juifs, des zoroastriens, des chamanistes, des bouddhistes, dont la culture brillante et le niveau de développement élevé n’avaient rien en commun avec ceux, très frustes, des leurs conquérants. Or, à cette réalité prosaïque (devenir musulman par peur ou cupidité ou pour se venger de ses ennemis ou pour échapper à un impôt particulier et à un statut discriminatoire, celui de la dhimma, ferait tache dans l’hagiographie qui tient lieu, dans l’islam, d’histoire), les musulmans préfèrent croire à une intervention divine ou magique qui aurait favorisé Mahomet et ses sectateurs, parce que l’islam, seul, serait vrai et qu’il réaliserait enfin les promesses du judaïsme et du christianisme. De fait, dans la mythologie islamique, l’islam serait toujours resté semblable, où qu’il se soit développé, à ce qu’il aurait originellement été, et les convertis, pour effacer ce qu’ils étaient, ont adhéré, sincèrement ou par feinte, aux racines arabes de l’islam, les exacerbant, au risque de tuer les cultures brillantes, grecque ou persane, d’où ils venaient. Dans ces conditions, ces cultures ne pouvaient pas survivre : de fait, elles ont peu à peu disparu ou se sont amuïes, plongeant le Proche Orient, jadis si prospère et si hautement développé, dans la catastrophe du sous-développement intellectuel, scientifique, économique, moral, etc.

L’islam est schizophrène parce qu’il nie qu’il a ses racines dans deux religions antérieures. « Sur les origines de l’islam, écrit Mme Delcambre, (les savants) sont plus ou moins d’accord pour reconnaître une très grande proximité avec le judaïsme et l’influence d’un christianisme hérétique » (page 23), au point que l’islam peut apparaître comme un messianisme judaïque dénaturé. Jusqu’à leur arrivée à Médine en 622, Mahomet et ses quelques sectateurs partageaient avec les Juifs la même foi dans Moïse et ils empruntaient aux Juifs des éléments de leur culte. A Médine, l’islam naissant est entré en contact avec des hérétiques du christianisme, des judéo-nazaréens, qui refusaient de prendre Jésus pour un Dieu (ils étaient monophysites), le tenant pour un simple prophète. Or l’islam préfère se présenter, contre toute vérité et malgré les faits, comme une révélation de la vérité ex nihilo ou comme une religion anhistorique ou intemporelle, qui n’a pas eu à s’extraire lentement de l’histoire.

Cette structure schizoïde génère aussi des mythes, dont se rengorgent les Occidentaux et qui enjolivent les discours ronflants sur la « grandeur de la civilisation islamique ». Cette grandeur supposée et fictive résulte de la dénégation qui fait la schizophrénie islamique. Les mathématiques, l’architecture, la médecine, la philosophie, etc., ont été empruntés aux Byzantins ou aux Persans, et elles ont été l’œuvre de chrétiens ou de convertis qui n’avaient aucune attache avec l’Arabie, ni avec l’islam de Mahomet, ni avec les textes fondateurs. L’islam s’est contenté de s’approprier les réalisations des autres, faisant razzia de qui avait été conquis et soumis. Le grand penseur du XIVe siècle, Ibn Khaldoun, si élogieusement cité dans les universités d’Occident, parce qu’il serait l’inventeur des sciences de la société, écrit, dans son œuvre majeure, Discours sur l’histoire universelle, des vérités qui, si elles étaient assénées aujourd’hui, feraient frémir de rage les bien pensants :

« Quand un peuple est peuplé d’arabes, il a besoin des gens d’un autre pays pour construire. La naturel farouche des Arabes en fait une race de pillards et de brigands. Si les Arabes ont besoin de pierres pour servir d’appui à leurs marmites, ils dégradent les bâtiments afin de se les procurer. S’il leur faut du bois, ils détruisent les maisons pour en avoir. La véritable nature de leur existence est la négation de la construction qui est le fondement de la civilisation. Ils sont hostiles à tout ce qui est édifié ».

Ou encore :

« En raison de leur nature sauvage, les Arabes sont des pillards et des destructeurs. Ils pillent tout ce qu’ils trouvent…. Les pays conquis par les Arabes s’écroulent. Les Arabes sont une nation sauvage, aux habitudes de sauvagerie invétérée. La sauvagerie est devenue leur caractère et leur nature… De plus, c’est leur nature de piller autrui. Rien ne les arrête pour prendre le bien d’autrui… S’ils arrivent à la domination et au pouvoir royal, ils pillent tout à leur aise. Il n’y a plus rien pour protéger la propriété et la civilisation est détruite ».

S’il y a eu une grande civilisation au Proche-Orient, elle n’a pas été le fait des Arabes du désert et si elle continue à être qualifiée d’islamique, c’est par abus. En ce sens, l’islam est resté fidèle à lui-même et à ses origines, en continuant les razzias : le butin n’a pas été que d’or et de chair humaine, il s’est étendu aux inventions de l’esprit humain.

L’autre grand savant du monde dit islamique, l’Ouzbek Avicenne, si souvent célébré en Occident comme un homme des Lumières, a toujours été persécuté par les autorités islamiques : obligé de changer sans cesse de ville ou de pays, s’il n’avait pas été traduit en latin, il serait resté obscur et inconnu.

La « tolérante » Andalousie est un autre mythe, qui ne repose que sur la falsification de faits et sur la réécriture de l’Histoire à laquelle les savants ou les essayistes d’Occident, tel Attali, succombent dès qu’ils écrivent une ligne. La « tolérance » attribuée étourdiment aux califes de Cordoue est infirmée par les pogroms, par les violences, par les massacres, par le statut humiliant de dhimmi imposé aux chrétiens et aux Juifs.   

          L’intérêt de cet ouvrage est d’analyser succinctement dans les chapitres 6 à 19 les formes qu’a prises ou que prend, dans tel pays ou dans telle aire de civilisation, « l’islam des convertis », toujours différent et parfois très éloigné de la matrice arabe. Sans cesse, Mme Delcambre revient aux faits et aux événements et elle apprend aux Français une histoire que, par paresse, ils ignorent et aux musulmans une histoire qu’ils ignorent superbement. Elle montre aussi, dans les chapitres 20 à 30, comment Internet ne fait qu’accentuer, approfondir, exacerber la schizophrénie matricielle. Une technique de communication et de diffusion de l’information, planétaire et électronique, est utilisée non pas pour diffuser un message en accord avec le monde réel, mais pour diffuser les messages les plus archaïques qui soient, ceux de l’islam des interdits, ceux de l’islam des textes fondateurs, ceux de l’islam littéral, qui sont ancrés dans la réalité de l’Arabie désertique du VIIe siècle. Il n’est que de lire les onze fatwas édictées par des théologiens sur les sites islamiques pour prendre conscience que la schizophrénie qui est constitutive de l’islam n’est pas près de s’atténuer et que, si les musulmans ne font pas l’effort pour s’en guérir, l’islam morbide et maladif ou névrotique risque de mettre en danger l’humanité tout entière. n