Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

               "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

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Autoportrait

d'une femme française

 

par Raphaël Dargent

 

à propos de Anna de Noailles,

Le Livre de ma vie,  

Présentation de François Broche,

Bartillat, 2008.

 

 

La poétesse Anna de Noailles est aujourd'hui largement méconnue des lecteurs français. Pire, sans doute l'est-elle aussi du petit cercle  germano-pratin, dont beaucoup des plumitifs et artistes, qui ne dédaignent pas se perdre en mondanités ou autres manifestations people, ignorent jusqu'au nom de la divine comtesse, cette inspiratrice et créatrice qui régna si longtemps sur le monde des lettres.

 

Il y a quelques années, l'historien François Broche avait très opportunément, et avec talent, rendu grâce à la poétesse dans une biographie de référence. Aujourd'hui, il présente au lecteur les Mémoires de l'illustre Dame, mémoires entreprises  en 1931, deux ans avant sa mort, mémoires inachevées mais ô combien agréables à lire, non seulement pour leur qualité formelle mais encore parce que la vie narrée ici n'est point ordinaire.

 

Anna de Noailles, princesse Brancovan, roumaine par son père, grecque par sa mère - Anatole France l'appelait sa "petite Assyrienne"-, mais née à Paris, fut une patriote sincère. François Broche rappelle opportunément qu'elle écrivit sur la première page de son autobiographie ce vers de Verlaine : "L'amour de la patrie est le premier amour...". Admiratrice de Napoléon, comme Barrès, elle exerça sur ce dernier une fascination à la foi littéraire et amoureuse. Mais qui ne cédait pas à son charme? Colette, Jean Rostand, furent de son cercle d'admirateurs. La comtesse de Noailles avait des modèles littéraires : Chateaubriand, Corneille, Rousseau, Hugo, Zola, Musset. Première femme Commandeur de la Légion d'Honneur, elle fut aussi l'amie de nombreux politiques, toutes tendances confondues. Personnalité incontournable et lumineuse de la fin du XIXe et du début du XXe siècles, la "femme-mage", comme la qualifiait Proust, s'éteignit peu à peu  en 1933 comme s'éteint un feu qui a brûlé ardemment tout son bois. "Je meurs de moi-même" confiera-t-elle.

 

La présente édition du Livre de ma vie nous permet de nous plonger dans l'univers de l'artiste, de sa naissance dans une famille princière venue des rives du Danube et du Bosphore, jusqu'à l'entrée dans l'âge adulte entre le lac Léman et Paris. Et c'est tout un monde de haute sensibilité et d'érudition que nous parcourons à travers cet autoportrait d'une femme française.

 

Les Mémoires sont complétées de deux textes peu connus : "Ici finit mon enfance", avant-propos aux Poèmes d'enfance, et "La Lyre naturelle", texte d'une conférence demeurée inédite. n