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La
France effacée
par Jean-Gérard Lapacherie
à propos de Renaud Camus,
Le communisme du XXIe siècle,
éditions Xénia,2007.
Cet
ouvrage est un recueil de quatre textes : « La deuxième carrière d’Adolf
Hitler », 16 p ; « Le communisme du XXIe siècle », 35 p ; « Que va-t-il
se passer ? », 13 p ; « Pire que le mal », 21 p.
Il y a trois ou quatre ans, les essayistes qui traitaient de « la France
qui tombe » se fondaient, pour étayer leurs thèses, sur la seule
économie et sur ce que mesuraient les appareils statistiques. Ils
observaient un phénomène que les citoyens constatent effarés, ils n’ont
pas été entendus. Par ironie, ils ont été nommés déclinologues.
Renaud Camus ne traite pas d’économie, ni de chiffres, ni de
statistique, ni de classement des pays du monde en fonction de leur
PIB ; il ne compare pas la situation de la France, telle qu’on l’observe
au début du IIIe millénaire, à celle que l’on observait il y a trente
ans. Il va plus loin. Il constate, sans amertume ni illusion, que le
désastre a eu lieu, que la culture, l’éducation, l’art sont dévastés,
que ce désastre est sans remède et que les effets se font sentir
désormais dans la composition même du peuple de France. La France s’est
effacée. De la France, de sa culture, de sa langue, de son histoire, de
ce qu’elle fut, il ne reste que des bribes qui seront sous peu de
simples traces. Les mêmes qui s’indignent à en perdre haleine de la
disparition d’anciennes civilisations ou de vieux peuples au Tibet, en
Papouasie, en Asie centrale, au Mexique, au Brésil, se taisent sur
l’effacement de la France, quand ils ne prêtent pas activement leur
concours à ce processus.
C’est
moins au constat que s’attache Renaud Camus qu’à l’origine du désastre
ou aux facteurs qui l’ont accéléré. Le premier de ces facteurs est une
rhétorique que certains nomment reductio ad Hitlerum et qui n’est
qu’une forme de l’abus d’amalgame : on discrédite ceux qui ne pensent
pas comme les Puissants du jour ; on les accuse de souhaiter le retour
d’Hitler, de sorte que l’on peut dire, sans excès, qu’Hitler a gagné la
guerre en négatif ou en creux, ou plutôt, que c’est son effigie
diabolique qui l’a gagnée, puisque tout penseur, tout écrivain, tout
homme politique qui ne se soumet pas aux oukases des seuls autorisés de
la parole est immédiatement étiqueté « hitlérien » ou « raciste ».
Eviter à la France le naufrage ou tenter de sauver du désastre quelques
vieux pans de la culture, c’est prendre le risque d’être marqué au fer
rouge de la honte, comme l’étaient les esclaves ou comme le sont aussi
les bovins dans les élevages extensifs, et d’être assimilé aux
nostalgiques de l’ordre à la croix gammée ou aux chemises noires.
Telle
est l’utilité pratique de l’antiracisme. Il n’y a pas de théoricien du
racisme en France. S’il y en a eu parmi les anthropologues du début du
XXe siècle, ils ont disparu. Les survivants ou leurs successeurs se sont
convertis par prudence à l’antiracisme, comme à la fin de 1943, les
décorés de la francisque ont négocié leur ralliement timide ou de façade
à la résistance, en échange d’un grand coup d’éponge sur leurs
engagements « de jeunesse ». Il n’y a pas non plus en France, du moins
parmi ceux qui y sont installés depuis la nuit des temps, de racistes :
aucun Français n’estime, ne juge, ne croit (même pas dans son for
intérieur, même pas au fin fond de sa conscience, là où personne ne
pénètre, même pas dans son inconscient), aucun Français ne pense, ne
dit, n’affirme, aucun Français n’a pensé, n’a dit, n’a affirmé dans un
passé récent ou éloigné, qu’il est d’une « race » supérieure ou
meilleure que toutes les autres et que la civilisation dont son pays est
le théâtre a plus de valeur que les autres, etc. – ce qui serait
effectivement du racisme. En théorie, il n’y a pas de raison que
l’antiracisme existe en France, sinon pour combattre le racisme qui
prospère ailleurs dans d’autres pays. L’antiracisme devrait prospérer en
Arabie, en Chine, en Algérie, au Maroc, en Indonésie, etc. pour lutter
contre le racisme endémique dans ces pays. Or, il ne prospère qu’en
France où il est même subventionné par les citoyens et à leurs seuls
dépens et où même les anti-antiracistes, que cet antiracisme
instrumentalisé rend sceptiques, sont voués aux gémonies et assimilés
par amalgame insidieux aux racistes.
Cette
situation amène Renaud Camus à comparer l’antiracisme au communisme et à
développer un long et pertinent parallèle avec ces deux idéologies
totalitaires, à la fois semblables par leur massivité totalitaire et
différentes par les effets qu’elles ont sur les pays où elles règnent ou
ont régné. Ce qui les distingue, entre autres réalités, c’est la
« fin » : le communisme agonise partout dans le monde, sauf en Corée, à
Cuba, en Chine et dans les universités d’Occident ; les murs sont
tombés, sauf en Corée. A l’opposé, l’antiracisme n’a pas de fin et les
murs derrière lesquels il enferme les pays sur lesquels il a fait main
basse ne sont pas près de tomber, eux. Dans cette situation, ce que
constate Renaud Camus, c’est l’islamisation rampante et rapide de la
France et d’autres pays d’Europe. Le phénomène est accéléré par le
remplacement d’un peuple vieillissant par des populations arrogantes et
agressives qui tiennent la culture de la France, sa civilisation, sa
langue, sa civilité, sa sociabilité pour pets de lapin et qui rêvent
d’en purifier les territoires qu’ils contrôlent. Que va-t-il se passer ?
se demande Renaud Camus. Rien d’autre que ce qui est en train de se
passer et de s’étendre partout, de sorte que le destin de la France est
de finir au mieux comme le Liban, au pis comme l’Asie mineure occupée
par les Turcs et turquifiée par la violence, processus que l’antiracisme
rend inéluctable, puisqu’il en interdit tout arrêt.
Des analyses développées dans cet ouvrage, admirable par la
qualité de la réflexion, la hauteur des vues et la clarté de la langue,
on peut émettre une réserve. Quand Renaud Camus montre que l’antiracisme
est au XXIe siècle ce que le communisme a été au XXe siècle, l’analogie
qu’il établit – ou l’homologie (car ce n’est pas une ressemblance de
forme ou de fonction qui est étudiée, mais une relation de proportion,
du type « a est b ce que c est à d ») est faussée par une illusion
portant sur le communisme, quelles qu’en soient ses versions,
léninistes, staliniennes, maoïstes, castristes. En bref, il n’est pas
sûr que le communisme soit le contraire du racisme. Au contraire. Une
des premières décisions prises par Lénine a été d’appeler (Pravda,
janvier 1918, long texte intitulé « de l’émulation ») les membres du
Parti, les policiers, les criminels de droit commun libérés d’un coup,
les soldats, les membres de la police politique, les fonctionnaires
ralliés au régime, etc. à « nettoyer la terre russe de tous les insectes
nuisibles ». Cette injonction résume l’URSS. Pendant quatre-vingts ans,
cet empire a été sans cesse nettoyé, purifié, récuré, débarrassé de ses
prêtres, de ses dissidents, de ses vagabonds, de ses ingénieurs, de ses
intellectuels, de ses moujiks, de ses irréductibles, etc. Il en est allé
de même en Chine, en Corée, dans les pays de l'Est, en Ethiopie, en
Guinée, etc. Partout où le communisme a sévi au XXe siècle, il a produit
les mêmes faits : crimes de masse, purification ethnique, élimination de
classes entières, chasse aux étrangers, xénophobie galopante,
antisémitisme débridé caché sous un anti-sionisme de façade, génocides
(au moins quatre : Ukrainiens, Tibétains, Khmers, Ethiopiens). Dans
La littérature oubliée du socialisme (Nil éditions, 1999), Wilson
cite des textes effrayants (publiés dans la Neue Rheinische Zeitung)
dans lesquels Marx et surtout Engels affirment l’inaptitude innée des
Noirs à toute opération logique ou intellectuelle, l’infériorité des
petits peuples d’Europe de l’Est, Ruthènes, Dalmates, Serbes, Slaves,
par rapport à la grandeur de la civilisation allemande. Ces faits
attestent que le communisme s’est autant et plus longtemps nourri d’un
racisme primaire que le socialisme national allemand et que, comme l’a
montré Rossi (in Le Manuel du goulag), la haine de classe cache
souvent une vraie haine de race. Or, ce racisme inhérent au
marxisme-léninisme n’est jamais critiqué. Les communistes, affidés ou
compagnons de route, se sont servis de l’antiracisme comme d’un
bouclier. Ainsi, ils ont échappé au jugement des hommes, sacrifiant la
France, sa culture, sa civilisation, son peuple sur l’autel de la bonne
conscience.
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