Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

            "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

 

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Ceux qui aiment la France, ceux qui aiment la langue et la littérature françaises ne peuvent méconnaître ni  la pensée subtile et profonde, ni la plume soignée de Jean Paulhan, tout à la fois écrivain,éditeur, directeur de la NRF et découvreur de talents, personnage en tous points central du vingtième siècle littéraire français. Ramassée parmi les trésors des bouquinistes, cette pépite que tout patriote,  dans ses temps difficiles, devrait méditer et conserver à l'esprit, comme un principe directeur.

Patrie ( pour les enfants)

Citation de Jean Paulhan 

 

In La patrie se fait tous les jours, Textes français de 1939-1945

avec Dominique Aury, Les éditions de minuit,1947, p.22-23.

"A l'ordinaire, le patriote raisonneur montre un grand mépris pour le patriote sentimental: il l'appelle un maniaque et un chauvin. mais le sentimental n'a pas moins de mépris pour le raisonneur: il va jusqu'à dire que ce n'est pas un patriote. Le plus ennuyeux est qu'aucun des deux n'a tout à fait tort.

Car chacun trahit son pays à sa manière. Celui qui dit: "Ma patrie d'abord - juste ou injuste, libre ou non" a ce grand défaut: c'est qu'il ne bougera pas le petit doigt pour rendre sa patrie un peu plus juste. c'est qu'il la laissera devenir tout à fait insupportable, et telle que personne n'ait plus envie de la défendre. (Car les patries, comme les hommes, ont besoin d'être corrigées de temps en temps.) Mais celui qui dit au contraire : "Ma patrie, si elle est juste. mon pays, s'il a raison" a ce  défaut plus grand encore : c'est qu'il laissera carrément tomber sa patrie, si d'aventure elle se montre - ou s'il estime qu'elle se montre - injuste. Ni les républicains de 1870 n'étaient fâchés que Napoléon fût battu; ni les réactionnaires de 1940, que la république fût écrasée. c'est bête, évidemment, de soutenir que le patriotisme a été inventé en 1789; mais ce n'est pas moins bête de soutenir qu'il a peu s'en faut cessé d'exister en 1789, et la faiblesse des raisons, c'est qu'elles deviennent assez vite de mauvaises raisons. Il faudrait donc parvenir à combiner en soi, pour être véritablement patriote, le raisonneur et le sentimental; aimer sa patrie telle qu'elle est, mais vouloir à tout prix en faire une autre patrie; exiger qu'elle soit normale et juste, et pourtant la chérir dans son injustice et ses bizarreries. Bref, adorer sa patrie, mais ne pas la supporter." n