Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

            "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

 

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En guise d’hommage à Romain Gary dont nous célébrons le vingt-cinquième anniversaire de la disparition, il n’est pas inintéressant de redécouvrir ce qu’écrivait l’écrivain sur de Gaulle en mai 1969. Trente-cinq ans plus tard, de Gaulle apparaît certes comme une Figure historique  incontestée, mais vidée de sa substance proprement politique, en quelque sorte neutralisée. Quant aux mini-Français que dénonçait Gary, ils sont devenus « micros ». Ils en avaient marre de l’Histoire ? Les voici qui ignorent ou vomissent la leur. Ils rejetaient la « grandeur » ? Les voilà qui embrassent « la repentance » !

Les mini-Français

 

Citation de Romain Gary 

In Ode à l’homme qui fut la France,

éditions de Paul Audi, Gallimard, coll. Folio, p.55.

Il y eut jadis sur le continent Europe, deux pays : l’un s’appelait la France, l’autre s’appelait de Gaulle. Parfois, les deux pays semblaient se confondre remarquablement, mais ce n’était alors qu’une illusion d’optique créée par le Vieux magicien qui, de son ombre magnifique, avait si largement recouvert le pays de France que celui-ci paraissait plus grand et bien plus important qu’il ne l’était en réalité.

 Peuplé de figures de légende, rois et héros, attachés par-dessus tout à poursuivre un idéal de grandeur, le pays de De Gaulle était plus que millénaire. En revanche, le pays nouveau, la France n’était pas plus ancien que les premiers réfrigérateurs, les systèmes de crédit, le fait d’avoir une voiture par famille, la sécurité sociale, les augmentations de salaires. La France était composée de cinquante millions de mini-Français, eux-mêmes assez faibles et ayant tous marre de l’Histoire, des mots comme « grandeur », « destin », « devoir ». Surtout, ils en avaient assez de rivaliser avec le pays de De Gaulle et d’essayer de paraître plus grands qu’ils n’étaient. (…)

Vous vous heurtiez à une nation qui ne pensait qu’en termes de salaires, de prix, d’emplois, de logements, de voitures, d’impôts, de congés, et qui n’avait plus rien de la « princesse des contes » ni de la « madone des fresques ». Et vous étiez vite devenu une écharde dans la chair des mini-Français tant vos hautes visées et votre indéniable prestance les ramenaient, par contraste, à leurs dimensions réelles. Finalement Sancho Pança s’est révolté contre Don Quichotte.  n