Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

               "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

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Alors que nous commémorons l'Armistice du 11 novembre 1918 dans la confusion mémorielle et avec le sentimentalisme  propre à notre époque, il n'est pas inutile de relire les fortes paroles du combattant absolu de la France que fut Georges Clemenceau.

 

La France

saignante dans sa gloire

 

 

Citation de Georges Clemenceau

Intervention du président du Conseil des ministres, ministre de la guerre pour une déclaration du Gouvernement, à l'occasion de son investiture (Annales de la Chambre des députés -
20 NOVEMBRE 1917 - Extraits )

 

M. le président. La parole est à M. le président du conseil pour une déclaration du Gouvernement.
M. Clemenceau, président du conseil , ministre de la guerre. Messieurs, nous avons accepté d’être au Gouvernement pour conduire la guerre avec un redoublement d’efforts en vue du meilleur rendement de toutes les énergies. (Très bien ! très bien !)
Nous nous présentons devant vous dans l’unique pensée d’une guerre intégrale. Nous voudrions que la confiance dont nous vous demandons le témoignage fût un acte de confiance en vous-mêmes, un appel aux vertus historiques qui nous ont faits Français. (Vifs applaudissements.) Jamais la France ne sentit si clairement le besoin de vivre et de grandir dans l’idéal d’une force mise au service de la conscience humaine (Très bien ! très bien !) dans la résolution de fixer toujours plus de droit entre les citoyens comme entre les peuples capables de se libérer. (Applaudissement.) Vaincre pour être justes, voilà le mot d’ordre de tous nos gouvernements depuis le début de la guerre. Ce programme à ciel ouvert, nous le maintiendrons. (Vifs applaudissements.)
Nous avons de grands soldats d’une grande histoire, sous des chefs trempés dans les épreuves, animés aux suprêmes dévouements qui firent le beau renom de leurs aînés. (Très bien ! très bien !) Par eux, par nous tous, l’immortelle patrie des hommes, maîtresse de l’orgueil des victoires, poursuivra dans les plus nobles ambitions de la paix le cours de ses destinées.
Ces Français que nous fûmes contraints de jeter dans la bataille, ils ont des droits sur nous. (Applaudissements prolongés.) Ils veulent qu’aucune de nos pensées ne se détourne d’eux, qu’aucun de nos actes ne leur soit étranger. Nous leur devons tout, sans aucune réserve. Tout pour la France saignante dans sa gloire, tout pour l’apothéose du droit triomphant. (Vifs applaudissements.)
Droits du front et devoirs de l’arrière, qu’aujourd’hui tout soit donc confondu. Que toute zone soit de l’armée. S’il doit y avoir des hommes pour retrouver dans leurs âmes de vieilles semences de haines, écartons-les.
Toutes les nations civilisées sont engagées dans la même bataille contre les formations modernes des vieilles barbaries. Avec tous nos bons alliés, nous sommes le roc inébranlable d’une barrière qui ne sera pas franchie. Au front de l’alliance, à toute heure et partout, rien que la solidarité fraternelle, le plus sûr fondement du monde à venir. (Applaudissements.)
Champ clos des idéals, notre France a souffert pour tout ce qui est de l’homme. Ferme dans les espérances puisées aux sources de l’humanité la plus pure, elle accepte de souffrir encore, pour la défense du sol des grands ancêtres, avec l’espoir d’ouvrir, toujours plus grandes aux hommes comme aux peuples, toutes les portes de la vie. La force de l’âme française est là. C’est ce qui meut notre peuple au travail comme à l’action de guerre. Ces silencieux soldats de l’usine, sourds aux suggestions mauvaises (Applaudissements.) ces vieux paysans courbés sur leurs terres, ces robustes femmes au labour, ces enfants qui leur apportent l’aide d’une faiblesse grave : voilà de nos poilus. (Nouveaux applaudissements.) De nos poilus qui, plus tard, songeant à la grande œuvre, pourront dire, comme ceux des tranchées : J’en étais. Avec ceux-là aussi, ,nous devons demeurer, faire que, pour la Patrie, dépouillant nos misères, un jour, nous nous soyons aimés.
S’aimer, ce n’est pas se le dire, c’est se le prouver. (Vifs applaudissements.) Cette preuve, nous voulons essayer de la faire. Pour cette preuve, nous vous demandons de nous aider. Peut-il être un plus beau programme de Gouvernement ?
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