Cercle Jeune france

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

                    "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

 

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Le livre du Mois

Raphaël Dargent «««

Napoléon III

L'Empereur du Peuple

Préface de Philippe Séguin

Grancher, 2009.

 

Depuis 1870, Napoléon III - premier président de la république et dernier souverain français - est présenté comme un imbécile, un fourbe, un parvenu, auquel on ne pardonne pas le coup d'Etat du 2 décembre 1851, et q'on accuse d'être responsable de la défaite de Sedan. Si cette hostilité perdure jusqu'à nos jours, ce n'est pas que des historiens n'aient pas peu à peu rétabli la vérité sur l'empereur, lui rendant enfin justice, mais parce que la République, à travers ses dirigeants, n'a jamais daigné faire de même. Il y aurait pourtant grands bénéfices à reconnaître officiellement l'homme et ses idées politiques. car Louis-Napoléon Bonaparte est un homme de principes. Au sommet de ces principes figure sans conteste son souci du peuple, véritable idée fixe qui détermine toutes les autres et fait la particularité de son règne et, au-delà, celle du bonapartisme. Elu démocratiquement en 1848, c'est au service du peuple qu'il gouverna la France pendant vingt-deux ans; soucieux de l'intérêt national, attaché au progrès social, et désireux de promouvoir la paix en Europe pour l'équilibre du monde, Napoléon III est un homme à re-découvrir...  n Si l'ingratitude du peuple français  à l'égard de Napoléon III est le résultat d'une grande méconnaissance et d'une propagande honteuse, l'ouvrage de Raphaël Dargent rétablit l'homme dans sa vérité, celle de sa vie certes, mais celle aussi des idées politiques qui l'orientèrent, la façonnèrent, en firent la grandeur. D'une lecture agréable, l'ouvrage, préfacé par Philippe Séguin, se situe à mi chemin entre la biographie et l'essai historique et s'appuie beaucoup - c'est là son autre particularité - sur les propres écrits du grand homme. L'avant-propos de l'auteur définit par ailleurs une démarche historique fort intéressante : celle d'une histoire édifiante, qui vise à replacer en haut de la mémoire nationale quelques Figures porteuses de sens. Un ouvrage qui en appelle d'autres...

Mathieu Bock-Côté «««

La dénationalisation tranquille

Boréal, 2007.

Depuis quelques années, on dit de l'identité québécoise qu'elle s'est métamorphosée, qu'elle n'est plus héritière du parcours historique de la majorité francophone. Partout résonne un discours plaidant, au nom d'une ouverture à l'autre, pour le dépassement de la mémoire nationale comme espace de rassemblement de la société québécoise. Pourtant, de nombreux indices laissent croire que les Québécois sont encore attachés à une définition historique et existentielle de leur nation. n Bien que centré sur une problématique proprement québécoise, l'ouvrage de Mathieu Bock-Côté intéresse au premier chef les Français, en cela que l'analyse qu'il fait du processus de dénationalisation culturelle en cours au Québec, peut par bien des aspects s'appliquer à la France. Contre le multiculturalisme, il s'agit, ici comme là-bas, de retrouver le sens de la continuité et de l'identité nationales. Une réflexion indispensable!

Jean-Marie Mayeur ««

Léon Gambetta

La Patrie et la République

Fayard, 2008.

 

 Léon Gambetta est au coeur de l'histoire de la France. L'amour de la patrie et celui de la république sont inséparables chez celui qui incarna la Défense nationale en 1870. Pour lui, la république met fin au temps des révolutions, associant le libéralisme politique et la démocratie. orateur charismatique et hommes d'Etat attentif aux réalités, il aspire à une République "ouverte", "nationale", au-dessus des partis. Il juge que l'autorité de l'Etat n'est pas contraire à la démocratie.  n Jean-Marie Mayeur signe ici une très belle biographie de cette grande figure nationale qui marqua la IIIe République naissante. L'ouvrage se lit avec plaisir. On peut regretter cependant que l'auteur néglige d'évoquer l'attitude idéologique qui amena Gambetta, pour abattre le Second Empire, à désarmer la France, alors que s'affirmait la menace prussienne, privilégiant pour le coup la République à la Patrie.

Laurent Avezou««

Raconter la France

Histoire d'une histoire

Armand Colin, 2008.

 

Tout Français cultivé entretient un dialogue intime et fort avec l'histoire de la France. Il en va ainsi parce que , de Clovis à nos jours, il s'est trouvé à chaque époque des hommes de talent et de conviction pour enquêter sur le passé du pays et y rechercher les clés du présent. Mais que sait-on vraiment de "l'histoire de l'histoire de France", de cette réinvention en continu du "roman national"? Comment est-on passé du récit des hauts faits des princes à l'exaltation du peuple, de la révérence envers le sacré (Dieu, le Roi, la République, la Patrie...), à l'irrévérence de ceux qui ne veulent plus s'en laisser conter? n

Voici un ouvrage majeur, indispensable à toute réflexion sur l'identité et l'histoire nationales, même si nous nous éloignons un peu de certaines de ses conclusions.